Climat : le gouvernement ne veut pas (pré)voir
- 20 février 2025
Les données de base du changement climatique sont connues : réchauffement global, phénomènes extrêmes, adaptation nécessaire des conditions de vie (habitat, transports, cadre de vie) ; le chantier est immense …
Le rapport 2024 « Copernicus Global Climate Highlights », publié le 10 janvier, confirme que 2024 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée et la première à dépasser de 1,5 °C les niveaux préindustriels pour la température moyenne annuelle de la planète. 2024 a également été l’année la plus chaude pour toutes les régions continentales, y compris l'Europe, à l'exception de l'Antarctique et de l'Australasie.
Le continent européen se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 1980, devenant ainsi le continent qui se réchauffe le plus rapidement.
Les conséquences sont déjà présentes : inondations en Espagne et en Bretagne, long phénomène de sécheresse dans les Pyrénées-Orientales, inondations en Île-de-France, etc.
Si les données de base sont connues, les causes sont également rappelées à chaque catastrophe : artificialisation des sols, vulnérabilité des infrastructures publiques et de l'habitat.
Face à cette situation, il est attendu que le gouvernement français mette en mouvement les politiques publiques pour adapter le territoire aux différents risques afférents et protéger les populations des évolutions climatiques.
La Convention citoyenne pour le Climat avait été réunie par Macron dans l'esprit de rassembler des citoyens non experts pour aboutir à une série de mesures structurante « pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à diminuer d'ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de la France d'au moins 40 % par rapport à 1990 ».
Cet intéressant exercice démocratique faisait suite à la crise engendrée par l'épisode des Gilets jaunes mobilisés sur des questions de cherté énergétique.
En juin 2020, la présentation des 149 propositions de cette Convention fait l'objet d'un large consensus tant dans l'opinion publique que dans les propos des gouvernants.
On allait réduire de 40 % les émissions de Gaz à Effet de Serre ! Mazette !
Les administrations centrales des Ministères présentent les propositions comme intangibles, la loi et les textes existants devant évoluer pour permettre la mise en œuvre de ces 149 propositions !
Intéressons-nous à une proposition emblématique recueillant l'accord quasi unanime de la population en 2020, le Zéro Artificialisation Nette (ZAN) avec quelques-unes des mesures afférentes :
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Interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales sont possibles dans l'enveloppe urbaine existante
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Prendre des mesures coercitives pour stopper les aménagements de zones commerciales périurbaines
Sur le principe, en reprenant la presse spécialisée et grand public, il y avait un vrai saut qualitatif de la politique d'aménagement du territoire (malgré les questionnements sur la difficulté de mise en œuvre énoncée par quelques voix).
Il fallait inscrire dans la loi les principes de la convention citoyenne pour le climat, et ce fut la Loi Climat et Résilience du 23 août 2021. Les difficultés d'application de la loi furent vite soulevées et se heurtèrent encore et toujours aux paroles optimistes et simplificatrices des contempteurs de cette loi.
Néanmoins, face à la machine technocratique et aux critiques des élus locaux, moins de deux ans après, le 20 juillet 2023, une nouvelle loi ZAN fut votée pour assouplir un peu plus le principe de ZAN : on vise le ZAN pour 2050, après la seule réduction de 50 % de l'artificialisation pour 2031, la création d'une enveloppe dédiée pour les grands projets de l’État (autoroutes, prisons, sites militaires, etc.) et une enveloppe régionale pour les grands projets régionaux (centrales solaires, etc.).
Cela reste encore trop restrictif puisqu’une nouvelle proposition de loi sénatoriale déposée en novembre 2024 va encore assouplir le dispositif.
Cet exemple sur le ZAN démontre qu'à partir d'une proposition citoyenne devant contribuer à lutter contre le changement climatique et à la diminution de 40 % des émissions de Gaz à Effet de Serre, on arrive à un scénario de tout changer pour que rien ne change.
Malheureusement depuis 2020, les conditions climatiques ne se sont pas améliorées.
Le Gouvernement présenta à l'automne le Plan National d'adaptation au Changement Climatique (PNACC) ; ce plan, très attendu, doit synthétiser la stratégie nationale de lutte contre le changement climatique.
Néanmoins, le plan proposé fait montre d'ambition dans l'optique d'une augmentation des températures de + 4°C en 2100 ; par exemple, la mesure relative aux agents publics prévoit : « Concrètement, il pourra s’agir de décaler les horaires d’activité, de réorganiser l’occupation des locaux sur les parois moins exposées à la chaleur, d’adapter les tenues de travail, la restauration et les activités pour préserver la santé des agents publics et la qualité de vie au travail. »
Bref, rien de nouveau par rapport à la législation actuelle dans la fonction publique, ce qui montre l'ambition du gouvernement en matière de rénovation des bâtiments administratifs, et d'inscription des administrations dans l'exemplarité environnementale (rajeunissement du parc de véhicules, aide à la mise en place de covoiturage, adaptation bâtimentaire, achat de mobilier dédié au rafraîchissement des locaux, etc.)
Le gros handicap du PNACC est qu'il ne contient aucun engagement financier ; c'est donc un catalogue de bonnes intentions qui n'a même pas la prétention de s'inscrire dans la lutte contre le réchauffement, mais seulement dans un accompagnement mou des conséquences des évolutions climatiques.
Les populations ont donc tout à craindre de ce gouvernement aux grandes ambitions, mais aux faibles politiques publiques.
Ce manque de volontarisme a été confirmé fin 2024 début 2025 au moins sur deux plans ; en matière de police de l'environnement, les agents de l'Office Français pour la Biodiversité n'ont jamais été soutenus par le Gouvernement et livrés à un lynchage médiatique de la part de certains agriculteurs comme de certains élus.
Qui se rappelle que le délit d'écocide (atteinte grave à l'environnement) a été créé par la loi Climat et Résilience du 23 août 2021 ? Comment l'empêcher alors que les agents publics chargés de sa surveillance sont empêchés de réaliser leur mission ? ....
Par ailleurs, le budget 2025 réduit drastiquement les budgets des ministères de l'Écologie et de la transition écologique. La baisse de 2, 1 milliards d'euros va toucher ainsi le fonds vert, fonds public devant aider les territoires à verdir leurs politiques publiques localement (isolation des bâtiments publics, aires de covoiturage, etc.)
Alors que les dépenses militaires publiques augmentent, on sacrifie la politique d'aménagement du territoire et l'adaptation locale au dérèglement climatique.
Combien de temps devrons-nous encore supporter l'immobilisme face aux désastres qui nous guettent ?
Gouverner c'est prévoir et ne rien prévoir c'est courir à sa perte !
Henri Vacher